On appelle ça le «binge drinking». Autrement dit biture express. Le phénomène, surtout prisé par les ados, n'est pas nouveau mais inquiète les autorités. Au point que la Commission européenne a décidé de financer un rapport. Experts et élus en débattront à Brest les 13 et 14septembre.

Selon l'Institut national de prévention et d'éducation pour la Santé (Inpes), 97% des garçons et 91% des filles âgés de  15 à 20ans ont déjà consommé de l'alcool plusieurs fois. Deux tiers d'entre eux et un tiers d'entre elles ont même déjà été en état d'ébriété. Boire pour faire comme les autres, boire pour s'amuser, boire pour oublier, boire pour se désinhiber... Qu'importe le flacon pourvu qu'il y ait l'ivresse. Le phénomène n'est pas nouveau. 

Première «cuite» avant 14 ans 

Mais les dernières études menées par des sociologues, tant de l'Ispa (Institut suisse de prévention de l'alcoolisme et autres toxicomanies) que de l'Inpes, montrent que les jeunes s'alcoolisent de plus en plus jeunes (dès la sixième) et quels que soient les milieux sociaux. Le défi: rechercher des sensations fortes en buvant la plus grande quantité d'alcool possible, en un minimum de temps, afin de se sentir ivre. Voire plus... Or, les effets secondaires ne sont pas anodins. Une étude très récente a ainsi démontré grâce à la neuro-imagerie que la consommation d'alcool à un âge précoce entraîne une diminution de la matière grise dans plusieurs zones cérébrales. 

Problème majeur de santé publique 

Au Royaume-Uni et en Irlande, le «binge drinking» est considéré comme un problème majeur de santé publique. En France, il semble être en augmentation rapide chez les adolescents depuis 2003. Et la Bretagne est, selon les statistiques parues dans un rapport de l'Académie de médecine de 2007, particulièrement touchée par le phénomène. Véritable préoccupation sanitaire, ce que l'on appelle «l'hyper-alcoolisation périodique» est aussi un problème de sécurité urbaine, l'espace public étant désormais devenu le lieu de rendez-vous des jeunes pour faire la fête. Avec, généralement, son lot de débordements: violences, nuisances, comportements déviants des consommateurs... Pour tenter d'analyser ce phénomène, le Forum français pour la sécurité urbaine a mis en place, il y a quatre ans, un groupe de travail national «binge drinking» qui regroupe une dizaine de villes dont Brest. 

Au-delà de la réflexion des outils opérationnels

Ce problème étant présent dans une grande majorité des villes d'Europe, la Commission européenne a souhaité qu'une réflexion soit menée à cette échelle. Huit villes partenaires (Anvers, Bordeaux, Brest, Kingston, Liège, LaRochelle, Reggio Emilia et Stuttgart) et trois villes associées (Düsseldorf, Nantes et Rotterdam) vont ainsi échanger sur les problématiques émergentes, les différentes campagnes de sensibilisation, les actions réussies, et confronter leurs expériences. Tout cela permettra d'aboutir, avec le soutien d'experts, àl'écriture de recommandations qui pourraient être applicables par tous et partout en Europe.

À la clé: des outils opérationnels pour les acteurs locaux. Pour étayer ce travail, un comité de pilotage effectuera des visites de terrain. Élus et experts seront ainsi à Brest les 13 et 14 septembre. Coût de ce programme de 30 mois, baptisé «Safer drinking scenes»: 230.000 €.