Par Françoise Dargent
31/03/2011 | 
Philippe Grimbert. (Grasset)
Philippe Grimbert. (Grasset)

Dans Un garçon singulier de Philippe Grimbert, un jeune homme est engagé pour tenir compagnie à un adolescent. 

Étudiant, Louis a répondu à une annonce. Non pour donner des cours particuliers mais «pour s'occuper d'un adolescent singulier». Ainsi s'ouvre le roman de Philippe Grimbert, qui, en bon psychanalyste, rétablit bientôt la vérité. L'adolescent en question est un jeune autiste, comme va le découvrir Louis auprès de Iannis, mutique et imprévisible. La femme qui l'engage pour tenir compagnie à son fils insiste sur l'importance des habitudes du garçon avant d'aller s'enfermer dans son bureau pour écrire des romans érotiques…

Tout laisse présager un huis clos pesant dans cette station normande. Il faut être casse-cou pour démarrer une histoire sous ces auspices ou, comme Philippe Grimbert, ne pas présumer de son habilité à mener une histoire. L'homme affiche sa sûreté. Il maîtrise la conduite du roman imbriquant passé et présent. Ses précédents livres traitaient de secrets enfouis et d'amitiés gâchées, sujets chers à un auteur qui sonde la conscience de ses personnages. Celui-ci ne déroge pas à la règle. Retrouvant le décor des vacances de son enfance, Louis se souvient de son amitié intense avec un garçon, une amitié qui prit fin tragiquement. Des sentiments refoulés lui reviennent en mémoire à mesure qu'il apprivoise Iannis, l'adolescent agissant comme un révélateur. Philippe Grimbert effleure sans vraiment l'imposer le thème des attractions équivoques. Fort de son expérience auprès des autistes, il en profite pour brosser avec justesse et délicatesse le portrait d'un adolescent différent.

Un garçon singulier de Philippe Grimbert, Grasset, 208 p., 15 €.