Jeux d'argent en ligne : 8% de mineurs ont tenté leur chance

 

Par Agnès Leclair
25/11/2010 |
Leur accès a beau être strictement interdit aux mineurs, 8 % de jeunes âgés de 12 à 17 ans ont déjà essayé d'y jouer. (Illustration).
Leur accès a beau être strictement interdit aux mineurs, 8 % de jeunes âgés de 12 à 17 ans ont déjà essayé d'y jouer. (Illustration). Crédits photo : © Fabrizio Bensch / Reuters/REUTERS

Les adolescents seraient deux à quatre fois plus susceptibles que les adultes de développer une dépendance.

Les adolescents vont-ils être entraînés dans la spirale des jeux d'argent sur la toile ? C'était une des inquiétudes exprimées par les associations de protection de l'enfance avant l'ouverture à la concurrence des jeux d'argent et de hasard en ligne en juin dernier. Leur accès a beau être strictement interdit aux mineurs, 8 % de jeunes âgés de 12 à 17 ans ont déjà essayé d'y jouer, selon une enquête réalisée par TNS Sofres auprès de 500 adolescents pour Action Innocence et l'Unaf (Union nationale des associations familiales).

Soit 382.000 mineurs si l'on projette ce chiffre sur l'ensemble de la population française de cette catégorie d'âge. « Ce pourcentage n'est pas anodin car l'étude a été effectuée seulement trois mois après la libéralisation du marché des jeux d'argent en ligne. Il faut surveiller attentivement cette tendance », avertit Véronique Fima-Fromager, directrice d'Action Innocence, association qui œuvre pour la protection des enfants sur Internet. « D'autant plus qu'il y a un effet de mode sur les jeux de poker. Ils sont très prisés par les adolescents, surtout dans les classes de 3ème et de 4ème », prévient Myriam Myriam Meunier, psychologue.

Ce chiffre est également marquant quant on sait que tout a été prévu pour que les jeunes joueurs ne puissent pas miser sur ces sites de paris en ligne ou de poker. Leur régularisation a été encadrée par la création de l'Arjel (autorité de régulation des jeux en ligne) et la mise en place obligatoire d'un dispositif de vérification de l'âge sur les sites autorisés. A moins d'accéder à un site illégal, il est impossible de miser sans donner une pièce d'identité et un relevé d'identité bancaire.

Pour contourner le système, les moins de 18 ans doivent donc emprunter ou subtiliser ces documents à leurs parents ou à un autre adulte. « Rien ne dit que les adolescents qui ont tenté de jouer sur ces sites soient parvenus à leurs fins », précise Olivier Gérard de l'Unaf et membre de la commission de l'Arjel en charge de « l'impact de l'ouverture sur la demande ». Du côté de l'Unaf, ce pourcentage est d'ailleurs jugé plutôt rassurant. « Nous craignions un nombre de tentatives de connections plus important. Cela montre aussi l'efficacité du dispositif », rajoute Olivier Gérard. Action Innocence dénonce cependant de petits arrangements avec le système. « Beaucoup de sites proposent de jouer « pour de faux », avec de la monnaie virtuelle. C'est une pratique accessible à tous et pernicieuse car elle conditionne les adolescents à miser de leur argent à leur majorité », indique Véronique Fima-Fromager.

Nous regrettons aussi la publicité massive pour les sites de paris et de poker qui va forcément donner des idées aux plus jeunes ». Par ailleurs, un tiers des 12-17 ans interrogés ignorent que les jeux de hasard et d'argent sont interdits aux mineurs. Une statistique qui peut être interprétée de différentes manières. Cette ignorance peut aussi bien refléter un désintérêt pour ces jeux que souligner des défaillances en matière de prévention. Alors que plusieurs études ont montré la fragilité des adolescents face au jeu - ils seraient deux à quatre fois plus susceptibles que les adultes de développer une dépendance selon l'International Centre for Youth Gambling Problems and High-Risk Behaviours - le thème de la protection des mineurs est en tout cas jugé prioritaire par l'Arjel. « Nous vérifions auprès des opérateurs que les consignes sont bien respectées, notamment grâce à des contrôles sur les comptes joueurs, explique Jean-François Vilotte qui préside cette autorité de régulation. En outre, les gains d'un mineur qui aurait réussi déjouer le système seraient versés sur un compte bancaire qui n'est pas le sien. « C'est aussi une forme de protection », indique Jean-François Vilotte.

Reste le problème des mineurs qui possèdent déjà leur propre compte bancaire. «A priori, la plupart de leurs cartes ne permettent pas de payer en ligne mais nou travaillons avec les banques afin d'attribuer aux mineurs des numéros de comptes qui soient identifiables par les sites Internet pour pouvoir être systématiquement refusés », signale Olivier Gérard. Quant au problème de l'utilisation de la carte des parents, il dépasse le sujet des jeux de hasard sur Internet. Sur la toile, les paiements en ligne peuvent aussi servir à régler des abonnements à des jeux d'aventure ou de simulation bien plus classiques et autorisés à tous. Pour acquitter la facture, 10 % des 12-17 ans auraient déjà utilisé la carte de leurs parents avec la bénédiction de ces derniers. Mais 5 % des mineurs interrogés ont tout de même avoué avoir subtilisé le précieux sésame pour régler en cachette une activité payante sur la toile !