TESSON

28/08/2009   |

Cette rentrée théâtrale s'ouvre sur un réel bonheur. Il faut aller le vivre dans la petite salle des Déchargeurs dont la programmation nous offre souvent de belles émotions. Celle-ci, on la doit à Pierre Notte, qui nous propose avec Les Couteaux dans le dos une œuvre originale dans son écriture et d'une profonde et douloureuse sincérité dans son contenu.

La pièce nous raconte, ou plutôt nous chante avec un singulier mélange de tendresse et d'âpreté, la peine à vivre d'une jeune fille tout juste sortie de l'adolescence et qui ne sait pas ce qu'elle veut faire de sa vie, il est déjà trop tard, elle sait qu'elle l'a déjà perdue, elle voudrait n'être jamais née, elle ne veut pas mourir mais elle veut être déjà morte. Elle étouffe entre une mère qui a trop d'amour à lui donner et le lui donne mal et un père nul. Alors elle décide de partir, elle va partir, elle croit que partir c'est facile, léger, que c'est comme de voler. Mais elle ne sait pas, et elle le découvrira, que «les ailes immenses et si lourdes, si larges pour leurs épaules, que les enfants ont dans le dos, avec tout cet espace devant eux, s'ils ne peuvent pas voler avec, c'est comme des couteaux qu'ils ont dans le dos». C'est ainsi que, pour paraphraser Ibsen, lorsque nous nous réveillerons d'entre les morts, nous verrons «que nous n'avons jamais vécu».

Cette thématique du sens de la vie et de la souffrance pour un adolescent à affronter celle-ci n'est pas nouvelle. Mais Pierre Notte la décline dans une forme allégorique qui lui donne une poésie, une sonorité, un charme émouvants. Les trouvailles de l'auteur, tant en matière de situations que d'expression, sont pleines d'humour. L'écriture est originale, étrangement récitative, répétitive, lancinante, comme une musique parlée que les actrices disent au public. Tout cela crée une distance d'une belle efficacité théâtrale. Il faut découvrir cet objet non identifié, pris en charge par cinq jeunes comédiennes remarquables qui interprètent un grand nombre de personnages, masculins et féminins, et que l'auteur a dirigées magistralement, dans une sorte de chorégraphie géométrique d'une légèreté et d'une drôlerie savoureuses.

On pardonnera à Pierre Notte de livrer de façon un peu trop pléthorique ses fantasmes familiers, reliés à des références littéraires parfois envahissantes. Mais cet encombrement est sa manière. D'écrire et d'être. Il faut s'y habituer. Tant de souffrances à expurger, tant d'obsessions à exorciser, tant de rêves brisés chez ce vieil enfant à jamais blessé ! Quelles richesses et quel talent !

Les Couteaux dans le dos, écrit et mis en scène par Pierre Notte. Avec Jennifer Decker, Flavie Fontaine, Manon Heugel...