Les liens complexes entre un père non religieux et son fils devenu un juif très pratiquant.«Mon cœur de père» de Marco Koskas, Fayard, 200 p., 16 €.

Comment réagir face à un fils qui décide de placer la religion au centre de son existence? Pas simple pour Marco Koskas qui signe un récit, à la fois drôle et profond, dans lequel il raconte comment son fils de 16 ans est devenu un juif scrupuleusement pratiquant.

Sous la forme d'un journal, l'auteur, qui s'est, lui, éloigné de la pratique de la foi de son enfance, nous confie ses angoisses, ses ­doutes, mais aussi ses joies face au choix, aussi touchant que radical, de celui qu'il appelle tendrement «Fiston».

Comment ne pas sourire devant l'intransigeance du rejeton zélé envers sa propre grand-mère, à l'occasion de la Pâque juive? « Depuis quelques jours je travaille Fiston en douceur pour qu'il vienne avec moi chez ma mère le soir de Pessah. Pour l'instant, il s'en tient fermement à la doxa: vaisselle non strictement casher, donc il ne viendra pas» De quoi secouer le papa, qui poursuit: « Ma pauvre maman, pas casher!… Elle qui continue de préparer son shabbat immuablement, malgré ses quatre-vingt-quatorze ans ; qui célèbre même des fêtes religieuses que personne ne connaît… »

Une quête identitaire

Reste que le père ne cache pas non plus son admiration pour sa progéniture: « C'est un garçon extraordinaire, je ne le sais pas assez. Il aurait pu mal tourner (…) mais il est juste habité par une foi inébran­lable. » En réalité, si l'adolescent a décidé de se tourner avec une telle ferveur vers la religion, c'est aussi largement pour se rapprocher de son père, qui a vécu en Tunisie une enfance placée sous le signe de la foi. Ainsi, le jeune homme assoiffé d'idéal poursuit une quête d'iden­tité légitime et finalement vitale. D'autant plus que ses relations avec sa mère, qui n'est pas juive, sont compliquées.

Confronté à la puissance des convictions de son fils, Marco Koskas est conduit à son tour à réfléchir sur lui-même. Au fil des voyages en Israël qu'il effectue pour rendre visite au jeune homme qui y étudie et y approfondit sa foi, l'auteur analyse la complexité des liens qui l'unissent à son fils. Et le père me­sure petit à petit à quel point son fils, si différent de lui à première vue, lui ressemble. Le tout avec, en toile de fond, une description vivante et bienveillante de la société israé­lienne.

Finalement, ce texte dépasse le cadre du récit strictement personnel. L'expérience de l'auteur entre en résonance avec celles de tous les pères du monde. Seul regret: une fin en queue de poisson.