Des stages anti-intrusion pour proviseurs et enseignants

 

Marie-Estelle Pech
03/04/2009 |

 

L'atelier proposé par le rectorat de Versailles est suivi chaque année par 3000 enseignants et proviseurs. Ici, une cour de lycée à Lille.
L'atelier proposé par le rectorat de Versailles est suivi chaque année par 3000 enseignants et proviseurs. Ici, une cour de lycée à Lille. Crédits photo : Le Figaro

 

Organisés par le rectorat de Versailles, ces ateliers, suivis chaque année par 3 000 enseignants et chefs d'établissement, visent à prévenir les descentes de bandes.

 

 

«L'école doit rester un sanctuaire, c'est un principe non négociable», énonce un formateur spécialiste des violences scolaires. Pour ce stage d'une journée consacrée à l'autorité et organisé par le centre académique d'aide aux établissements de l'académie de Versailles, soixante-dix proviseurs se sont inscrits.

 

L'atelier «anti-intrusion» constitue l'un des clous de la formation. «Car mieux vaut examiner à froid la situation plutôt que de l'affronter à chaud  », résume un chef d'établissement de l'Essonne. Cette journée prend une résonance particulière alors qu'une grave intrusion s'est produite en mars dernier dans un lycée de Gagny (Seine-Saint- Denis). Certains des chefs d'établissement présents ont connu des cas similaires. Cette proviseure a fait face à un adulte «alcoolisé et incontrôlable», tel autre a dû «protéger ses élèves» lors de diverses manifestations lycéennes en filtrant les entrées et les sorties de son établissement, des semaines durant, pour éviter l'intrusion de casseurs. «J'estimais que c'était à moi d'en prendre la responsabilité physique», raconte-t-il.

 

Responsable au rectorat, le formateur donne à étudier un cas pratique «paroxystique mais réel» qui s'est produit dans l'académie il y a quelques années dans un lycée de banlieue : un groupe armé de couteaux reste à proximité de l'établissement et provoque des bagarres. D'autres jeunes s'introduisent dans le lycée et repartent parfois avec un blouson volé, s'en prenant physiquement aux élèves. Des adolescents déscolarisés ou absentéistes stationnent dans les couloirs. Drogues et mégots circulent aux yeux de tous.

 

 

 

«Couloir de la mort»

 

L'un des espaces du lycée gagne le sobriquet de «couloir de la mort», tant les enseignants ont peur de se faire insulter. «Lorsque je parcours l'établissement avec la conseillère principale d'éducation, elle montre un groupe d'intrus mais ne souhaite pas les approcher car elle craint leur réaction», détaille le formateur. Plusieurs proviseurs proposent l'instauration d'un filtrage avec carte de lycéen et carnet de correspondance obligatoires. «J'appelle la police !», répondent quasiment d'une seule voix les chefs d'établissement. «Une fois pris en flagrant délit par la police, confrontés à la justice, on n'a effectivement plus trop revu les jeunes délinquants», acquiesce le formateur.

 

Reste le problème des adolescents qui «traînent» toute la journée dans l'établissement, perturbant le travail des autres. Pour les chefs d'établissement, l'école exclut trop facilement les élèves pour complaire aux enseignants. «Nous avons des exclusions tout à fait justifiées, mais pas toujours, explique la responsable d'un collège. Comment admettre une exclusion pour un stylo tombé ou un chewing-gum ?» Les élèves «ne peuvent pas rester dans les couloirs alors qu'ils devraient être en cours, tranche le formateur. Un établissement qui prononce six cents exclusions par an, ce n'est pas possible.» À l'époque, c'est le travail conjugué de la mission locale d'insertion, de l'équipe du lycée, des parents et du conseil régional qui avait permis d'améliorer la situation.