Max Planck Institute for Demographic Research

Ce qui avait déjà été établi pour les filles semble désormais être également vrai pour les garçons: la période pendant laquelle les garçons sont sexuellement matures, mais pas encore socialement des adultes s’allonge de plus en plus. Cette étude de l'Institut Max Planck pour la recherche démographique révèle que l'âge de la maturité sexuelle diminue de 2 ans par siècle depuis le milieu du 18ème pour les garçons, qui sont physiquement mûrs plus tôt que jamais auparavant. Mais comment les démographes peuvent-ils en être si sûrs? Explications.

L. Joshua Goldstein, directeur de l'Institut Max Planck pour la recherche démographique à Rostock (MPIDR), a utilisé …les données de mortalité pour prouver le décalage entre la maturité physique et la maturité “sociale”: Un résultat évocateur (graphique ci-contre), alors qu’à 13 ans la production d'hormones mâles est à son plus haut niveau, au même âge la probabilité de décès fait un bond et passe de 2 sur 10.000 à l'âge de 13 ans à plus de 15 sur 10.000 à l’âge 21 ans.

"Cette maturité plus précoce pour les garçons, comme pour les filles, est probablement liée à des facteurs environnementaux tels que la nutrition”, explique le démographe Joshua Goldstein. Des études ont déjà démontré que les filles ont leurs règles de plus en plus jeunes. Mais l'analyse de données comparables pour les garçons n'avait jamais pu être entreprise. J. Goldstein s’est basé sur les données démographiques relatives à la mortalité. Pourquoi? Parce que lorsqu’à la puberté, la production d'hormones mâles atteint son niveau maximum, la probabilité de décès s’envole. Ce phénomène, appelé la "accident hump" existe dans presque toutes les sociétés et est statistiquement bien documenté.

Mais que signifie cet "accident hump"? Goldstein a découvert que ce bond dans la courbe de mortalité avance d’environ 2,5 mois par décennie depuis le milieu des années 1700 soit plus de deux ans par siècle. Cet"accident hump" traduit la même tendance pour l’âge de la maturité sexuelle des garçons, à la même vitesse. L’étude des données montre que cet âge de la maturité sexuelle est de plus en plus précoce, pour la Suède, le Danemark, la Norvège, la Grande-Bretagne et l'Italie.

Pourquoi ce lien entre "accident hump" et maturité sexuelle des garçons? C’est tout simple, expliquent les auteurs, quand les garçons deviennent physiquement matures, ils prennent davantage de risques et le risque de décès augmente. Le même phénomène existe chez les singes mâles et se produit parce que les jeunes mâles adoptent un comportement particulièrement à risque lorsque la libération de la testostérone atteint son maximum. Des démonstrations de force, la négligence et une plus forte propension à la violence conduisent à une augmentation du nombre d'accidents mortels. La probabilité reste faible, mais le taux grimpe considérablement (voir graphique).

“Sur le plan physique, avoir 18 ans aujourd'hui, c'est comme en avoir 22 en 1800”, explique Joshua Goldstein. Une meilleure nutrition et une meilleure prise en charge des maladies expliquent un passage plus précoce et plus “biologique” à l'âge de la maturité, de moins en moins lié aux progrès technologiques ou sociaux. C’est la première fois que les chercheurs voient comment les femmes et les hommes sont à égalité face aux évolutions de l'environnement.

Le décalage entre maturités biologique et sociale s’accroît: Pour preuve, l'âge de plus en tardif du mariage, des débuts professionnels, de l’indépendance vis-à-vis des parents et des premiers enfants.  L’auteur avoue ignorer si une phase de conduites à risques est plus dangereuse qu’avant puisque plus précoce car, dit-il, les parents ont également tendance à surveiller leurs enfants de plus près quand ils sont jeunes.

Source: Max Planck Gesellschaft “Boys reach sexual maturity younger and younger