Maurice, petite terre située au sud-ouest de l’océan Indien, fascine par la couleur bleue de ses eaux et le sable chaud et doré de ses plages. Une carte postale idyllique, une île que les guides touristiques ont toujours présentée comme un petit paradis sur terre. Pourtant, ce pays de 1,2 million d’habitants répartis sur une superficie de 2.000 kilomètres carrés est aussi la plaque tournante d’un important trafic de drogue, comme le fait savoir l’agence IPS Africa le 25 août 2011.

Pire, le pays est même en tête des plus gros consommateurs africains d’opiacés (opium, héroïne, morphine) selon le rapport mondial 2010 des Nations unies sur les drogues.

IPS Africa indique par ailleurs que le phénomène y est d’autant plus important que des travailleurs sociaux ont noté que ce sont les enfants et les jeunes qui manifestent une forte dépendance aux stupéfiants. Les responsables des centres de désintoxication, rencontrés sur place à Maurice par IPS, soulignent que l’une des principales raisons qui poussent ces jeunes à consommer des drogues est la pauvreté rampante dans le pays (PDF).

«Ce phénomène est à la hausse en raison de la pauvreté, qui est elle-même grandissante dans le pays. Dans ma région, par exemple, nombre d’enfants ne vont pas à l’école, alors que celle-ci est obligatoire jusqu’à 16 ans.Toute la journée, ils errent dans les rues, reniflent de la colle et prennent abondamment de puissants antitussifs», explique Guillaume Jamaluddin, un conseiller de Riche-Terre, une commune située au nord de Port-Louis, la capitale de Maurice.

Yousouf Dauhoo, qui travaille pour SOS Pauvreté, une ONG locale, ajoute:

«Beaucoup d'enfants dans les zones défavorisées de l'île suivent les pas de leurs aînés et sont rapidement, souvent dès l’âge de 8 ans, déjà victimes de la drogue.»

Grâce à une mobilisation des animateurs sociaux et de diverses ONG, le gouvernement mauricien vient d’ouvrir un grand centre de désintoxication, qui accueille près de 600 enfants et adolescents. Parmi eux, Asad et Asraf, des frères jumeaux qui ont accepté de témoigner:

«Nous avons commencé à fumer des joints à l’âge de 11 ans, puis nous avons pris de puissants antitussifs. Quatre ans plus tard, nous avons commencé à nous piquer du Subutex [substance habituellement utilisée dans le cadre d'un traitement de substitution aux opiacés, ndlr] dans les veines.»

Une loi a été votée pour lutter contre le phénomène et des résultats positifs sont d’ores et déjà enregistrés, fait savoir IPS. Le Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam, a ainsi présenté des chiffres satisfaisants au Parlement en début d’année:  

«Le nombre de personnes liées au trafic de drogues arrêtées à Maurice est passé de 1.500 en 2000 à 1.800 en 2010, et la même année, environ 3 kg d'héroïne, 55 kg de cannabis et 20.301 comprimés de Subutex ont été saisis par la police.»

Pourtant, malgré ce bilan, les ONG et les travailleurs sociaux continuent de fustiger le laxisme des pouvoirs publics dans la lutte contre le trafic de drogue sur l'île.

Lu sur IPS Africa 27/8/2011