Par Eric Neuhoff
04/08/2010 | 
 
Clara Augarde incarne Anna, une adolescente de 14 ans qui entre dans une période où tous les doutes sont permis. (Dulac Distribution)
Clara Augarde incarne Anna, une adolescente de 14 ans qui entre dans une période où tous les doutes sont permis. (Dulac Distribution)

Prix Jean Vigo 2010, sélectionnée à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, avec Un poison violent, la jeune Katell Quillévéré signe un premier film mélancolique et lumineux.

Adolescence: âge où l'on a l'impression que personne ne vous ressemble assez pour vous comprendre.

La définition pourrait s'appliquer à ce premier film qui surgit comme une météorite dans le ciel de l'été. Anna a quatorze ans. Voici les vacances. Ouf, fini le pensionnat. Les problèmes ne font pourtant que commencer, puisqu'à la maison la demoiselle découvre que son père a quitté sa mère.

Celle-ci est dévastée, les yeux remplis de larmes qui refusent de couler. Lio est proprement admirable, dans ce rôle de femme hagarde, éteinte, retournée de l'intérieur, à la beauté un peu cabossée. Elle sent bien que la solitude va l'attraper dans ses gros bras rêches.

Anna se réfugie auprès de son grand-père, un Galabru au franc-parler qui pète au lit, ne croit plus à rien et sait qu'il n'en a plus pour longtemps. Il y a aussi l'église. Anna doit fairesa confirmation. Mais Dieu ne lui semble plus une chose si évidente. Rien n'est plus étrange que cette période. Elle doute, n'en parle pas.

Un garçon lui tourne autour. Ses premiers émois bousculent sa foi. Que valent les conseils d'un jeune prêtre face à un baiser volé? Le curé a aussi ses interrogations. Anna s'évanouit beaucoup, lit les albums de Tintin, se promène à mobylette sur les routes de Bretagne. La vie se passe à regarder les gens lentement s'en aller.

Un immense vacarme muet

Scènes de la province. Les secrets se murmurent en baissant la tête dans un confessionnal. Les matchs de football rassemblent les générations: sur le terrain, on croise des soutanes et des vestes de survêtement. Les nigauds jouent de la guitare pour imiter les séducteurs. Entre copines, les fous rires idiots ne sont pas rares. Cela n'empêche pas le désarroi. Le pire, c'est que les adultes n'en savent pas plus que vous.

Katell Quillévéré n'a pas peur des silences, de la durée, des cérémonies. Elle n'est pas à la mode. Il y a chez elle quelque chose de sobre et de grand, de la densité et de la retenue. Tout cela aurait de quoi choquer. Comment? Pas la moindre vulgarité, nulle complaisance.

Un poison violent est mélancolique et lumineux. La religion y rythme les emplois du temps. On y voit des existences se fissurer comme des banquises. Cela fait un immense vacarme muet. L'âme redevient un sujet cinématographique.

Il est agréable et surprenant d'observer cette adolescente infiniment grave, malgré ses rondeurs de bébé et ses pieds en dedans, avec sur le visage des traces d'enfance qu'elle ne se pardonne pas. Pauvre petite Anna. Certains ont connu leur été 42. Elle aussi aura eu sa saison qu'elle n'oubliera pas. Ces quelques semaines l'aideront à ne pas devenir comme les autres. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.