Les ados rebelles
de Riad Sattouf

 

Olivier Delcroix
18/05/2009 |

Invité pour la première fois à Cannes, Riad Sattouf présente une comédie hilarante.
Invité pour la première fois à Cannes, Riad Sattouf présente une comédie hilarante. Crédits photo : AFP

Quinzaine des réalisateurs - Le dessinateur de BD a réussi à faire rire la Croisette avec un premier film abordant la puberté sous un angle décomplexé.

«Les Beaux Gosses» - Comédie de Riad Sattouf avec Vincent Lacoste, Alice Trémolières, Irène Jacob, Valeria Golino, Noémie Lvovsky. Durée : 1 h 30. Sortie : le 10 juin.

Après Marjane Satrapi, qui avait triomphé il y a deux ans à Cannes avec son film d'animation, ­Persepolis, c'est au tour du dessinateur de BD Riad Sattouf de s'aventurer sur les terres inconnues du cinéma. L'auteur de Retour au ­collège présente son premier film, Les Beaux Gosses dans la section Quinzaine des réalisateurs. La dessinatrice, qui aime beaucoup Riad, fait d'ailleurs une irrésistible apparition en vendeuse de guitares électriques dans ce drôle de long­métrage racontant la vie secrète des jeunes en se mettant justement à hauteur d'adolescent. En deux mots, l'histoire raconte le quotidien d'Hervé et de Camel, deux adolescents de 14 ans un peu rebelles et obsédés par les filles, dans un collège de Rennes.

 

Connaissant le travail graphique de Riad Sattouf, dessinateur franco-syrien de 31 ans, auteur de plusieurs albums centrés sur les problèmes des ados (Les Jolis Pieds de Florence, Manuel du puceau ou encore Ma circoncision), on se demandait comment l'humour un rien potache de cet habitué de la revue de BD Fluide glacial ou de Charlie Hebdo pourrait être transposé sur grand écran. En sortant du film, on ne se pose plus la question. Pari réussi. Un réalisateur est né. Même si ce premier film n'est pas exempt de maladresses.

 

À l'exact opposé des teenage movies de Walt Disney et autres comédies pour jeunes sans la moindre aspérité, Les Beaux Gosses s'apparente à une hilarante chronique des mœurs d'individus à l'aube de l'âge adulte. Sattouf observe avec une jubilation contagieuse ce moment paroxystique où les corps changent, se dérèglent, et où les pulsions, l'amour et le désir s'invitent au programme.

 

 

Des acteurs non professionnels

 

Outre une acné mise en valeur comme un véritable effet spécial, on découvre que les chaussettes sont indispensables à la masturbation. Qu'on peut avoir une bonne note en rédaction en racontant la vie tragique du rappeur Fifty Cent vu comme un personnage historique. Que les baisers avec la langue sont le Graal ultime des mineurs d'aujourd'hui. Mais autant les expressions langagières sont débridées autant l'acte sexuel reste effrayant, voire tabou. Les ados du film de Sattouf passent leur temps à parler de sexe mais ne passent jamais à l'acte.

 

Invité à Cannes pour la première fois, Riad Sattouf est venu sur la Croisette accompagné de ses acteurs, tous non professionnels. «Il y a trois ans, quand la produc­trice Anne-Dominique Toussaint m'a proposé de faire un film sur les jeunes, je n'étais pas sûr de vouloir faire du cinéma. Il y a eu cinq versions du script. Aucune chaîne de télé n'a accepté le projet parce qu'elle le trouvait trop vulgaire.»

 

Finalement, en 2008, le tournage a lieu. Huit semaines entre Rennes, Paris et la banlieue parisienne pour un budget plus que raisonnable (2,50 M€). Le plus dur aura été l'audition préalable de plus de 500 adolescents issus de tous les horizons, afin de « trouver des visages bizarres », comme le précise, amusé, Riad Sattouf. « Finalement, j'adore cette espèce de monde de l'âge adulte en miniature reproduit par mes personnages. Je ne jette pas un regard d'entomologiste, j'ai filmé avec beaucoup de tendresse. Pour moi, ce sont des “beaux gosses” au sens littéral du terme, c'est-à-dire de beaux enfants qui m'émeuvent.»