PARUTION : L'ATELIER D'ECRITURE

Le figaro - Christian Authier
08/01/2009 |

.

Caché derrière un pseudonyme, Chefdeville relate les déboires d'un romancier animant des ateliers d'écriture dans des « banlieues difficiles ». Aussi insolent que truculent.

De l'auteur de ce roman, affublé d'un pseudonyme qui est le nom de son narrateur, on ne sait que ce que l'éditeur veut bien nous dire : « Chefdeville est né au siècle dernier en Auvergne. Issu d'une famille de six enfants, il vit en banlieue parisienne. L'Atelier d'écriture est son deuxième roman.  » Finalement, cela suffit. Tous les romans devraient être publiés sous pseudonyme. On lirait moins d'éloges programmés et plus de descentes en flèche.

 

Dans cet Atelier d'écriture, que l'on devine autobiographique, on suit les aventures d'un quadragénaire RMIste que la publication d'un polar dix ans auparavant autorise à accepter la proposition d'animer des ateliers d'écriture dans des établissements scolaires de zone d'éducation prioritaire. Du collège Jean-Moulin au Pablo-Neruda en passant par le lycée Marcel-Aymé (il y a vraiment des lycées Marcel-Aymé en France ?), voici notre Chefdeville avec son perfecto, ses santiags et son physique râblé de lutteur bulgare face à des jeunes filles portant le string ou le foulard, des crétins agressifs singeant « les gros cons de rappeurs ricains » et même quelques descendants de bobos. « Ils écrivaient comme des pieds, leur imaginaire était en friche, leur vocabulaire minimaliste, leur style inexistant et leur compagnie à la limite du supportable », relève ce drôle de hussard noir de la République qui se refuse à désespérer jusqu'au bout : « Cependant, statistiquement, il émergerait de cette bande de nazes un ou deux cas qui, plus tard, relèveraient le niveau du lot. »

 

 

L'anti-Bégaudeau

 

Si L'Atelier d'écriture avance sabre au clair contre une « époque où des adolescents décérébrés organisaient des viols collectifs, présentés sous l'innocent vocable de tournantes. Où des jeunes filles en fleurs flambaient comme des allumettes suédoises dans les locaux à poubelles des anciennes cités ouvrières, occupées à présent par des tribus lointaines », il n'oublie pas que les sociétés, comme les poissons, pourrissent par la tête : « Le roquet speedé de l'Élysée chiait sur 68, et la chienlit d'hier le léchait à la trace. »

 

Certes, les méthodes pédagogiques préconisées par Chefdeville envers les plus turbulents des élèves - des « taquets dans le museau » - ne seront guère approuvées par Philippe Meirieu, les associations de parents d'élèves ni par certains professeurs croqués ici avec un sens du détail qui fait mouche.

 

Pour avoir une idée du charme de ce roman aussi truculent qu'insolent, il faut imaginer Chagrin d'école de Pennac revu et corrigé par Michel Audiard et Reiser. Ou encore une version anar du Entre les murs de François Bégaudeau où la démagogie puante aurait été remplacée par le désir jubilatoire de fâcher les tièdes et imbéciles. Élève Chefdeville, nos félicitations !

L'Atelier d'écriture de Chefdeville Le Dilettante, 256 p., 17 €.